Bananes : le Cameroun perd 45,5 % de ses exportations en novembre, PHP et CDC décrochent

Les exportations de bananes du Cameroun ont décroché brutalement en novembre 2025. Selon les données de l’Association bananière du Cameroun (Assobacam), les ventes à l’international sont passées de 27 007 tonnes en novembre 2024 à 18 562 tonnes en novembre 2025, soit une chute de 45,5 % en un an.
Derrière ce repli se dessinent un ralentissement de l’activité chez les principaux producteurs, la fragilité structurelle de la filière et la disparition prolongée de Boh Plantations PLC (BPL) du fichier des exportateurs.
Exportations de bananes : un mois de novembre sous tension
En l’espace de douze mois, la banane camerounaise, l’un des produits phares des exportations agricoles du pays, a perdu près de 8 500 tonnes sur le marché international. Novembre 2025 confirme ainsi un trend baissier déjà perceptible depuis le troisième trimestre, sur fond de contraintes opérationnelles, de pression concurrentielle et d’incertitudes économiques.
Pour un pays dont la banane est un pourvoyeur important de devises et un marqueur de son positionnement agricole en Europe, ce recul interroge autant la performance des agro-industriels que la résilience d’un modèle dominé par quelques grands acteurs.
PHP en forte baisse, CDC en repli, une seule exception : CDBM
Le leader du marché, Plantations du Haut Penja (PHP), filiale de la Compagnie fruitière de Marseille, a concentré l’essentiel du choc. Ses exportations sont passées de 19 288 tonnes en novembre 2024 à 12 705 tonnes en novembre 2025, soit une baisse de 51,8 % en glissement annuel, d’après l’Assobacam. Ce recul, supérieur à la moyenne du secteur, illustre la sensibilité de l’ensemble de la filière aux arbitrages opérationnels d’un acteur dominant.
La Cameroon Development Corporation (CDC), agro-industriel public et deuxième employeur du pays après l’administration, a également vu ses performances se dégrader. Ses ventes à l’export sont tombées de 4 418 tonnes en novembre 2024 à 3 323 tonnes en novembre 2025, soit une baisse de 32,9 %, ce qui représente une contraction de 1 095 tonnes sur la période.
À contre-courant, la Compagnie des bananes de Mondoni (CDBM), seconde filiale de la Compagnie fruitière de Marseille au Cameroun, a enregistré une progression de ses exportations. En novembre 2025, la CDBM a expédié 2 534 tonnes de bananes, contre 1 927 tonnes un an plus tôt, soit une hausse de 23,9 %. Ce dynamisme n’a toutefois pas suffi à compenser les contre-performances de PHP et de la CDC.

BPL absent pour le troisième mois : un petit acteur, un effet de levier réel
Au-delà des chiffres de PHP, CDC et CDBM, la disparition de Boh Plantations PLC (BPL) du fichier des exportateurs pour le troisième mois consécutif pèse également sur les volumes globaux. Depuis septembre 2025, BPL n’a plus exporté de bananes, sans communication officielle de l’Assobacam sur les raisons de cet arrêt.
Sur le papier, BPL demeure un acteur modeste, loin des volumes de PHP. Mais dans une filière où chaque millier de tonnes compte pour maintenir la masse critique sur le marché européen, l’absence prolongée de ce producteur réduit encore la capacité du Cameroun à stabiliser ses flux, surtout en période de ralentissement chez les leaders.
L’opacité entourant cet arrêt d’activité, qu’il soit lié à des contraintes financières, agronomiques, logistiques ou réglementaires n’est pas neutre : elle alimente un signal de vulnérabilité dans une filière qui dépend déjà largement d’un seul groupe étranger.
Une filière très concentrée, un risque systémique de plus en plus visible
La structure de la filière banane au Cameroun reste largement dominée par la Compagnie fruitière de Marseille. À travers PHP et CDBM, le groupe français cumule entre 70 % et 80 % des exportations annuelles de bananes du pays. Il fournit également une assistance technique aux autres producteurs, renforçant son influence sur l’ensemble de la chaîne de valeur, des plantations aux quais d’embarquement.
Cette configuration présente un double visage. Elle a permis de maintenir le Cameroun dans le club des fournisseurs réguliers de bananes sur le marché européen, avec des standards de qualité et des volumes stables. Mais elle expose aussi la filière à un risque systémique : toute réallocation de capacités, difficulté interne ou stratégie de recentrage de la Compagnie fruitière a un impact immédiat sur les chiffres nationaux d’exportation.
La chute de 45,5 % des exportations en novembre 2025 illustre cette dépendance. Lorsque PHP ralentit et que BPL disparaît du tableau, la marge de manœuvre des autres producteurs pour amortir le choc reste limitée.
Europe en ligne de mire : une perte de tonnage aux répercussions multiples
L’essentiel des bananes camerounaises est destiné au marché européen, où le fruit bénéficie d’accords commerciaux préférentiels, mais fait face à une concurrence croissante de pays d’Amérique latine et d’autres producteurs africains.
Une réduction de près de 8 500 tonnes en un mois de référence comme novembre pèse sur plusieurs plans : les recettes d’exportation diminuent pour l’État et les opérateurs, les coûts fixes doivent être absorbés sur des volumes moindres par les agro-industriels, et le risque de perte de parts de marché augmente si des fournisseurs concurrents comblent rapidement le vide laissé par les expéditions camerounaises.
À moyen terme, la question est de savoir si ce décrochage reste conjoncturel – lié à des aléas de production, à des arbitrages logistiques ou à des contraintes spécifiques – ou s’il préfigure une érosion structurelle de la compétitivité de la banane camerounaise.
Quel scénario pour 2026 ?
La trajectoire de 2026 sera déterminante pour la filière. Plusieurs enjeux se dessinent. La capacité de PHP et de la CDC à rebondir après un mois de novembre dégradé sera scrutée de près, qu’il s’agisse de corriger les problèmes de production ou de logistique qui ont affecté leurs volumes. La clarification du cas BPL sera également cruciale, afin de savoir si l’arrêt des exportations est temporaire ou s’il s’agit d’une sortie durable du marché. Enfin, la diversification des acteurs et la montée en gamme de producteurs émergents apparaissent comme une condition importante pour réduire la dépendance extrême à un seul groupe.
Pour l’instant, les chiffres de novembre 2025 envoient un signal clair : la filière banane du Cameroun reste fragile, malgré son statut de pilier historique des exportations agricoles. Entre concentration des acteurs, absence inexpliquée de certains producteurs et concurrence internationale accrue, la baisse de 45,5 % des exportations apparaît moins comme un accident isolé que comme un stress test pour l’ensemble de la chaîne de valeur.
Les prochains mois diront si le pays parvient à transformer ce signal d’alerte en occasion de réajuster son modèle… ou si la banane camerounaise continuera de céder du terrain sur ses marchés de prédilection.
Patrick Tchounjo



