Douala : comment l’évènement « Scale Up ton business » veut doper le branding des PME camerounaises

Le 4 décembre 2025, Douala sera le théâtre d’un rendez-vous qui en dit long sur la transformation silencieuse du tissu entrepreneurial camerounais. Pour la deuxième édition de « Scale Up ton business », plus de 150 entrepreneurs et porteurs de projets sont attendus autour d’un mot d’ordre : utiliser le branding et le digital non plus comme des gadgets de communication, mais comme de véritables moteurs de croissance.
À l’initiative de l’entrepreneure et ambassadrice de marques Nathalie Koah, l’évènement se veut à la croisée de plusieurs dynamiques : explosion de l’usage des réseaux sociaux, montée en puissance des PME connectées et prise de conscience, chez de nombreux créateurs, que la bataille se joue désormais autant sur l’histoire racontée que sur le produit vendu. La présence annoncée de la milliardaire Kate Fotso, CEO de Telcar Cocoa, en qualité de marraine, apporte une caution symbolique forte : celle d’une capitaine d’industrie qui illustre la possibilité de construire des marques puissantes à partir du Cameroun.
Selon Manuela Tabala Ebe, porte-parole de l’évènement, l’objectif est clair : « accompagner les jeunes entrepreneurs dans le développement de leurs activités grâce à la puissance du branding, du marketing digital, de l’intelligence artificielle et de la stratégie de vente ».
Un laboratoire pour apprendre à « raconter » son entreprise
Derrière le slogan, le programme se veut très concret. Les participants auront accès à des ateliers immersifs et des sessions de networking centrés sur quatre grands blocs : la création d’une marque mémorable, le financement et la structuration des projets, la production de contenus adaptés aux plateformes sociales et l’intégration de l’intelligence artificielle dans les processus marketing et commerciaux.
Une quinzaine d’experts et d’entrepreneurs africains du digital sont annoncés, parmi lesquels Philippe Simo, Claudel Noubissié, Danielle Sassou, Charlotte Kalala ou Sery Dorcas. Leur rôle : traduire en méthodes et en retours d’expérience ce que beaucoup d’entrepreneurs voient encore comme un univers abstrait, réservé aux grandes marques internationales.
L’évènement se positionne ainsi comme un laboratoire à ciel ouvert où l’on apprend à travailler son identité visuelle, sa promesse, sa présence en ligne, mais aussi à maîtriser des outils très concrets : tunnel de vente, publicité ciblée, automatisation, IA générative pour la création de visuels ou de textes.
Les premiers effets d’un écosystème du branding made in Cameroon
Les organisateurs mettent en avant l’impact de la première édition pour démontrer l’utilité du format. Jim Ayissi, promoteur d’une marque de vêtements, témoigne avoir revisité toute sa stratégie après sa participation : « J’ai appris des stratégies qui m’ont permis de décrocher un programme LVMH de trois mois, au terme duquel j’ai décidé de lancer une nouvelle collection centrée sur le luxe afro-moderne », raconte-t-il.
Son parcours illustre une tendance de fond : au Cameroun, et plus largement en Afrique francophone, de nombreux créateurs passent d’une logique artisanale ou informelle à une approche structurée du marché, où le branding devient un avantage compétitif. Qu’il s’agisse de mode, de cosmétique, de restauration ou de services, les marques qui se détachent sont celles qui savent articuler identité visuelle, storytelling et cohérence entre discours et expérience client.
Même en l’absence de données statistiques détaillées, la montée en puissance du marketing digital est visible : multiplication des agences de communication, explosion des contenus « business » sur les réseaux sociaux, et professionnalisation progressive de la production audiovisuelle. Pour nombre de TPE et PME, Instagram, Facebook, TikTok ou WhatsApp sont devenus des vitrines commerciales à part entière, parfois plus décisives que la localisation physique ou la taille de la boutique.
Un marché en mutation, entre opportunités et contraintes
Le marché du branding au Cameroun se transforme à la vitesse des connexions disponibles. La démocratisation relative des smartphones, l’essor des moyens de paiement digitaux et la montée des classes moyennes urbaines créent un environnement favorable à l’émergence de marques locales fortes. Le branding n’est plus perçu comme un luxe, mais comme une condition de survie dans un environnement où l’offre se multiplie et où le consommateur est exposé en permanence à des messages concurrents.
Pourtant, les freins restent bien réels. La connectivité demeure inégale selon les régions, les coûts des services numériques (data, outils payants, publicités, solutions SaaS) restent élevés pour de petites structures, et les compétences en marketing digital sont encore concentrées dans quelques pôles urbains. Beaucoup d’entrepreneurs hésitent à investir dans la communication, faute de visibilité sur le retour sur investissement et de métriques fiables pour piloter leurs campagnes.
C’est précisément sur ces points que des initiatives comme « Scale Up ton business » tentent d’agir : démystifier les outils, montrer des cas concrets, partager des méthodes reproductibles à l’échelle d’une petite entreprise. Les organisateurs insistent sur trois mots-clés : formation, partage d’expériences et collaboration. L’ambition est de créer un effet d’entraînement, où chaque participant repart avec des actions précises à mettre en œuvre, mais aussi avec un réseau de pairs et de mentors sur lequel s’appuyer.
Le branding comme levier d’internationalisation des PME africaines
Au-delà des frontières camerounaises, l’évènement s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’une Afrique qui entend défendre ses propres récits et ses propres marques sur les marchés régionaux et internationaux. À mesure que les contenus africains gagnent en visibilité, la question n’est plus seulement de produire, mais de signer ce que l’on produit : savoir-faire, origine, style, valeurs.
En mettant le projecteur sur la puissance du branding et de l’IA au service des affaires, « Scale Up ton business » envoie un signal à une génération de créateurs souvent très présente en ligne, mais encore fragile sur les fondamentaux stratégiques : positionnement, identité de marque, cohérence entre produit, prix, place et promotion.
Pour la marraine Kate Fotso comme pour les intervenants attendus, l’enjeu dépasse la simple visibilité personnelle : il s’agit de contribuer à faire émerger un tissu de PME structurées, capables de créer de la valeur, de l’emploi et, à terme, des marques africaines reconnues au-delà du continent.
Le 4 décembre à Douala, ce ne sont donc pas seulement 150 entrepreneurs qui se retrouveront dans une salle, mais une partie des futurs visages de l’économie numérique camerounaise, en quête d’outils, de repères et de récits pour passer à l’échelle.
Patrick Tchounjo
