Cameroun : avec CAMPOST MONEY, Camwater branche enfin le service public de l’eau à l’ère du paiement digital

Dans un paysage camerounais où la digitalisation des services publics reste encore inégale, la convention signée le 14 novembre 2025 entre la Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater) et la Cameroon Postal Services (Campost) apparaît comme un tournant stratégique. En s’appuyant sur CAMPOST MONEY, le porte-monnaie électronique de la Poste, les deux entreprises publiques entendent moderniser en profondeur le paiement des factures d’eau et, au-delà, revoir la relation entre l’usager et l’administration.
Un partenariat pour sortir du “tout guichet”
La scène se déroule à Yaoundé, capitale administrative du Cameroun. Autour de la table, deux directeurs généraux : Dr Blaise Moussa, patron de la Camwater, et Pierre Kaldadak, directeur général de la Campost. Le document qu’ils signent officialise une réalité appelée à changer les habitudes de millions d’abonnés : la possibilité de régler ses factures d’eau via Campost Money (CAMO), sans passer systématiquement par les guichets physiques de la Camwater.
Pour la Camwater, longtemps associée à une image de procédures lourdes, de files d’attente interminables et de coupures parfois imputées à des retards de paiement ou à des erreurs de traitement, l’enjeu est clair : sortir du “tout guichet” et proposer une expérience utilisateur plus fluide, plus moderne, plus proche des standards des services privés. Pour la Campost, souvent en quête de repositionnement dans l’écosystème numérique, ce partenariat est une occasion d’affirmer sa pertinence à l’ère des services financiers digitaux.
CAMPOST MONEY, nouvelle interface entre l’abonné et sa facture
Au cœur de cette alliance : CAMPOST MONEY, le porte-monnaie électronique développé par la Poste. Concrètement, il s’agit de permettre à un abonné Camwater de régler sa facture d’eau via un réseau étendu de points de services Campost, mais aussi, à terme, à travers des canaux numériques (agences, partenaires agréés, terminaux, éventuellement mobile).
L’objectif affiché est double. D’abord, rapprocher les points de paiement des abonnés, en s’appuyant sur la présence territoriale de la Campost, y compris dans des localités où la Camwater ne dispose pas toujours de guichets de proximité. Ensuite, simplifier les procédures pour réduire les frictions : moins de déplacements, moins de formulaires, moins de temps perdu à attendre que la facture soit enregistrée.
Le paiement via CAMPOST MONEY ne se limite pas à un simple transfert de fonds. Il s’inscrit dans une logique d’encaissement électronique : traçabilité des opérations, remontée plus rapide de l’information, réduction des erreurs de saisie et limitation des manipulations de cash, souvent sources de pertes, de retards et de soupçons de malversations.
Une avancée assumée dans la digitalisation des services publics
Pour le directeur général de la Camwater, Dr Blaise Moussa, l’enjeu est assumé : ce partenariat représente une avancée majeure dans la digitalisation des services de l’entreprise. La volonté est de donner au paiement de la facture d’eau les mêmes codes que ceux déjà intégrés par les usagers dans d’autres domaines : règlement de factures télécom, transfert d’argent, recharge de comptes et portefeuilles électroniques.
En rendant le processus plus rapide, plus sécurisé et plus accessible, la Camwater espère aussi agir sur un levier décisif : le taux de recouvrement. Un système de paiement plus simple peut inciter davantage de ménages et d’entreprises à régler à temps leurs factures, améliorant ainsi la santé financière de l’opérateur et, potentiellement, sa capacité à investir dans la maintenance et l’extension du réseau.
Du côté de la Campost, Pierre Kaldadak se félicite de voir son réseau contribuer à la modernisation du service public de l’eau tout en poursuivant l’objectif de généraliser les services financiers numériques sur l’ensemble du territoire. Le message est clair : la Poste ne veut plus seulement être associée aux lettres et aux colis, mais se positionner comme un acteur clé de l’inclusion financière.
Inclusion financière, proximité et confiance
Dans un pays où une partie significative de la population reste en marge des circuits bancaires classiques, la combinaison entre un opérateur d’eau et un opérateur postal doté d’un porte-monnaie électronique ouvre des perspectives d’inclusion financière. En permettant à des usagers peu bancarisés, parfois éloignés des centres urbains, de régler leurs factures via un outil numérique adossé à un réseau national, le dispositif CAMPOST MONEY joue un rôle de passerelle.
Cette transformation est aussi un test de confiance. Pendant longtemps, les relations entre usagers et entreprises publiques ont été marquées par la méfiance : factures contestées, erreurs de relevés, incohérences entre le paiement effectué et l’état des comptes. En numérisant l’encaissement, en automatisant la remontée d’information, en générant des preuves de paiement plus fiables, Camwater et Campost promettent de réduire ces zones d’ombre.
Mais cette promesse ne sera tenue que si les systèmes sont robustes, les interfaces claires et l’assistance aux usagers efficace. La modernisation ne se joue pas seulement dans la signature d’une convention ou l’installation de terminaux : elle se mesure, à terme, dans la capacité à résoudre rapidement les litiges et à rendre le service plus lisible.
Un test grandeur nature pour la transformation numérique de l’État
La convention Camwater–Campost dépasse le simple cadre du paiement des factures d’eau. Elle s’inscrit dans une dynamique plus vaste de transformation numérique de l’État et de ses satellites. Ce partenariat pourrait servir de modèle à d’autres administrations ou entreprises publiques cherchant à moderniser leurs circuits de paiement, à diversifier leurs canaux de distribution et à mieux exploiter les solutions déjà disponibles dans l’écosystème local.
Le succès ou l’échec de ce dispositif sera scruté attentivement : respect des engagements, qualité de l’expérience client, taux d’adoption réel par les abonnés, réduction des retards de paiement, retour d’image auprès des usagers. Pour la Camwater, il s’agit d’un indicateur de sa capacité à se réinventer dans un environnement où la patience des citoyens face aux lourdeurs administratives s’érode. Pour la Campost, c’est une opportunité de prouver que sa stratégie de services financiers numériques est plus qu’un slogan.
En signant ce partenariat, les deux entreprises publiques envoient un signal : le service public camerounais peut lui aussi entrer dans l’ère du paiement digital simple, de proximité et sécurisé. Reste désormais à transformer cette promesse en réalité quotidienne pour les ménages qui, chaque mois, scrutent leur facture d’eau en espérant que la partie “paiement” soit, enfin, la moins compliquée du processus.
Patrick Tchounjo



