Economie

Cameroun : 16,1 milliards FCFA pour les routes communales en 2026, un progrès encore loin des besoins estimés à 1 000 milliards

Le gouvernement camerounais entend renforcer la maintenance du réseau routier communal en 2026. Selon le projet de loi de finances en préparation, 16,1 milliards FCFA seront alloués à cet effet, contre 11,6 milliards en 2025, soit une hausse de 4,5 milliards FCFA. Une progression notable, mais encore loin de combler le gouffre financier qui fragilise l’état des routes locales.

Un réseau vital mais dégradé

Les routes communales représentent 81 % du réseau national. Elles constituent la colonne vertébrale du transport rural et le premier maillon de la chaîne économique : accès aux marchés, écoles, hôpitaux et zones agricoles. Pourtant, à peine un quart de ces voies est jugé en bon état selon les données du ministère des Travaux publics (Mintp).
Les pistes rurales non bitumées, souvent impraticables pendant la saison des pluies, isolent de vastes zones productrices et alourdissent le coût du transport des denrées, affectant directement la compétitivité agricole et la cohésion territoriale.

Une hausse budgétaire salutaire mais insuffisante

L’augmentation de près de 40 % du budget d’entretien traduit la volonté de l’État d’améliorer la connectivité locale et de soutenir la décentralisation en cours. Cette enveloppe sera répartie entre les communes, les conseils régionaux et le Mintp, dans le cadre du Fonds routier national.
Mais en dépit de cette progression, le déficit reste colossal : les besoins réels pour remettre le réseau communal à niveau sont estimés à plus de 1 000 milliards FCFA, alors que les ressources mobilisées en 2025 n’atteignaient que 100 milliards, soit à peine 10 % des besoins.

Des priorités à redéfinir

Cette situation met en lumière une double urgence : renforcer la planification des travaux et améliorer la gouvernance locale. De nombreuses communes, faute d’ingénierie technique et de moyens de suivi, peinent à utiliser efficacement les budgets disponibles.
Le gouvernement mise désormais sur une mutualisation des moyens entre l’État, les régions et les partenaires au développement, afin de privilégier les axes à fort impact économique, notamment ceux reliant les zones de production agricole aux centres urbains et aux corridors commerciaux.

Vers une nouvelle approche de la maintenance routière

Les autorités envisagent également d’introduire une maintenance préventive, moins coûteuse que les réhabilitations lourdes. Le recours à des entreprises locales de proximité et à des programmes de travaux à haute intensité de main-d’œuvre (HIMO) devrait permettre à la fois de préserver les routes existantes et de créer des emplois ruraux.

Un enjeu de développement territorial

En définitive, la hausse du budget routier communal est un signal encourageant, mais elle souligne aussi l’ampleur du défi. Tant que les investissements ne seront pas alignés sur les besoins réels, le Cameroun restera confronté à un paradoxe : un réseau dense sur le papier, mais fragile sur le terrain.
L’entretien des routes communales ne relève plus d’une simple question technique, mais d’un enjeu stratégique pour l’intégration nationale, la productivité agricole et la réduction des inégalités régionales.

Patrick Tchounjo

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