Economie

Catramp mise sur la connectivité régionale : le Camerounais Justin Talom sollicite 7,5 millions € de la SFI pour étendre son réseau logistique au Tchad et en RCA

La logistique camerounaise prend une dimension régionale. L’entreprise Catramp (Camerounaise de Transactions Maritimes et Portuaires), fondée et dirigée par l’homme d’affaires Justin Talom, a soumis à la Société financière internationale (SFI/IFC), filiale du Groupe de la Banque mondiale dédiée au financement du secteur privé, une demande de prêt de 7,5 millions d’euros. Objectif : financer un projet d’expansion stratégique vers le Tchad et la République centrafricaine (RCA), tout en modernisant ses infrastructures logistiques existantes à Douala et Kribi.

Une ambition régionale portée par la connectivité des corridors camerounais

Catramp s’appuie sur un positionnement géostratégique clé : la connectivité entre les ports camerounais de Douala et de Kribi, portes naturelles d’accès à l’hinterland du Tchad et de la RCA, deux pays enclavés fortement dépendants des corridors logistiques camerounais. L’entreprise entend bâtir un réseau intégré de plateformes d’entreposage, de transport et de services portuaires, capable de fluidifier le commerce interrégional et de renforcer la compétitivité des échanges au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).

Dans un contexte marqué par la hausse des coûts du transport maritime et des perturbations des chaînes logistiques internationales, ce projet vise à moderniser les capacités de stockage et de distribution régionales, en offrant des infrastructures de catégorie A répondant aux standards internationaux.

Un projet à fort impact économique et social

Le coût total de l’investissement est estimé à 10,1 millions d’euros, dont 2,6 millions d’euros seront apportés par les actionnaires actuels. Le capital de Catramp est détenu à 85 % par Justin Talom (dont 15 % via sa holding T’s Corporation) et à 15 % par son associé Jean Kuate. La SFI, si elle valide la demande, accompagnera le projet dans le cadre d’un financement mixte incluant un mécanisme de garantie de première perte du Guichet du secteur privé de l’Association internationale de développement (IDA), une structure de la Banque mondiale qui soutient les projets à fort impact dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Au-delà du financement, le projet Catramp s’inscrit dans une logique de transformation structurelle du secteur logistique en Afrique centrale. Il permettra d’accroître la capacité d’entreposage moderne au Cameroun, au Tchad et en RCA, d’améliorer les conditions de stockage et de distribution pour les opérateurs portuaires et industriels, de créer de nouveaux emplois directs et indirects dans les zones portuaires et intérieures, de renforcer la formation professionnelle des jeunes dans les métiers de la logistique, du transport et de la manutention, et de valoriser les fournisseurs locaux, en particulier dans la construction et les services de maintenance.

Justin Talom, un entrepreneur au service de la logistique africaine

À travers Catramp, Justin Talom incarne une nouvelle génération d’entrepreneurs camerounais qui voient dans la logistique non pas un simple service, mais un levier de transformation économique régionale. En reliant les ports maritimes aux marchés enclavés du Sahel, son entreprise participe à la construction d’un écosystème logistique intégré, indispensable à la compétitivité des économies africaines.

Pour l’homme d’affaires, l’enjeu est clair : faire du Cameroun le hub logistique naturel de l’Afrique centrale. Son initiative arrive au moment où le pays, avec ses ports modernisés et ses corridors transfrontaliers, cherche à attirer de nouveaux flux d’investissements et à consolider sa position dans les échanges régionaux.

Un signal fort pour la coopération régionale et les investisseurs

Si la SFI valide ce financement, il constituera un signal fort en faveur du secteur privé africain, souvent freiné par l’accès limité au capital pour des projets d’infrastructures. L’opération témoignerait de la confiance croissante des institutions internationales envers les entreprises africaines capables de proposer des projets structurants et durables.

En s’appuyant sur la solidité des corridors Douala–Ndjamena et Douala–Bangui, Catramp ambitionne d’apporter une réponse concrète aux défis logistiques du continent : réduire les coûts, fluidifier les échanges et connecter les marchés enclavés à l’économie mondiale.

L’Afrique centrale, souvent considérée comme un maillon faible du commerce continental, pourrait bien trouver dans ce projet un modèle de synergie entre initiative privée, financement international et vision intégrée du développement.

Patrick Tchounjo

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