Cameroun : le port de Douala s’allie au groupe Mira pour un méga-quai polyvalent de 773 milliards FCFA

Le Port autonome de Douala (PAD), moteur du commerce extérieur camerounais, franchit une nouvelle étape dans son expansion stratégique. Le 4 novembre 2025, son directeur général Cyrus Ngo’o et le président-directeur général du groupe Mira S.A, Ibrahim Mortada, ont signé un partenariat public-privé (PPP) historique pour la construction d’un quai polyvalent de 1 500 mètres sur la rive gauche du port, un investissement colossal estimé à 773 milliards de FCFA (environ 1,25 milliard de dollars).
Cette alliance, fruit de dix-huit mois de négociations, marque un tournant dans la modernisation du principal port camerounais, qui concentre plus de 95 % du trafic maritime du pays et joue un rôle clé dans le transit des marchandises vers le Tchad et la République centrafricaine.
Un quai géant pour repositionner Douala comme hub logistique régional
Le projet prévoit la construction d’un quai de 1 500 mètres linéaires, subdivisé en trois terminaux spécialisés : un terminal cimentier, un terminal pour le gaz butane, et un terminal polyvalent pour le fret général. Le complexe comprendra également une marina de 300 mètres, conçue pour accueillir les activités annexes et renforcer l’attractivité de la zone portuaire.
À cela s’ajoutent des travaux d’aménagement sur 41 hectares destinés à accueillir des zones d’activités industrielles et logistiques, une voie de contournement de 3 kilomètres pour fluidifier le trafic autour du port, ainsi qu’un dragage permanent garantissant un tirant d’eau de 7 mètres, indispensable pour accueillir des navires de grande capacité dans une zone souvent affectée par l’ensablement du fleuve Wouri.
Selon le PAD, ce projet permettra à terme de désengorger les quais existants, de réduire les coûts logistiques et de stimuler la compétitivité du port de Douala, souvent confronté à une saturation chronique de ses installations.
Un investissement privé de 773 milliards FCFA
Le groupe Mira S.A, consortium libano-chinois actif dans la production de ciment, le transport maritime et la logistique intégrée, financera intégralement le projet. L’accord prévoit 560 milliards FCFA pour la construction du quai et l’acquisition des équipements de manutention, et 213 milliards FCFA pour les travaux connexes, dont le dragage d’entretien et la connexion ferroviaire vers le port.
Ce partenariat illustre la volonté du gouvernement camerounais d’attirer les investissements privés dans les infrastructures portuaires, un secteur considéré comme stratégique pour la croissance économique nationale et régionale.
« Ce partenariat est un symbole de confiance. Il traduit la maturité du Port autonome de Douala et sa capacité à nouer des alliances structurantes avec le secteur privé », a déclaré Cyrus Ngo’o lors de la cérémonie de signature.
De son côté, Ibrahim Mortada, PDG du groupe Mira, a salué un « partenariat gagnant-gagnant », affirmant que le projet contribuera à faire du Cameroun « une porte logistique incontournable entre l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest ».
Un partenariat structurant dans la vision de modernisation du PAD
Depuis 2016, le Port autonome de Douala s’est engagé dans un programme ambitieux de modernisation et d’autonomisation. Après la création de la Régie du terminal à conteneurs (RTC), la reprise de la gestion du terminal polyvalent et la mise en œuvre de la Régie du dragage, le port poursuit son virage vers un modèle de port intégré et autofinancé.
Ce partenariat avec Mira s’inscrit dans cette logique d’indépendance économique. Il combine financement privé, expertise technique internationale et ancrage local, avec un accent mis sur la création d’emplois et le transfert de compétences vers les ingénieurs et techniciens camerounais.
Les études d’impact prévoient que le chantier générera plus de 5 000 emplois directs et indirects pendant la phase de construction, et environ 1 200 emplois permanents après la mise en service du quai.
Un projet à portée régionale
Le nouveau quai polyvalent de Douala devrait également renforcer la position géostratégique du Cameroun dans le commerce maritime régional. Avec une capacité d’accueil accrue et une logistique modernisée, le port ambitionne de redevenir le principal point d’accès maritime pour les pays enclavés de la Cemac, notamment le Tchad et la RCA, concurrencés ces dernières années par le port en eau profonde de Kribi.
Selon des analystes du secteur, ce projet constitue un pari économique et diplomatique : celui de repositionner Douala comme hub portuaire régional, capable d’attirer de nouveaux flux commerciaux et d’accompagner la croissance des industries locales.
Un modèle de PPP à suivre
L’accord PAD–Mira illustre la montée en puissance des partenariats public-privé dans le financement des infrastructures africaines. À l’heure où de nombreux États font face à des contraintes budgétaires et à un endettement croissant, le recours à des investisseurs privés pour financer des projets structurants devient une alternative stratégique.
Pour le Cameroun, qui cherche à diversifier ses sources de financement et à réduire le poids de la dette publique, ce modèle représente un levier d’investissement efficace, tout en garantissant une participation nationale à long terme.
Vers un Douala plus compétitif
Le port de Douala, qui assure plus de 70 % du trafic maritime de la sous-région, ambitionne de devenir un acteur logistique de classe mondiale. Avec ce projet, il consolide sa transformation en un port polyvalent, performant et attractif, tourné vers la croissance durable.
Le chantier du quai Mira, dont le lancement effectif est prévu pour le premier trimestre 2026, s’étendra sur quatre ans. À son achèvement, il devrait permettre d’augmenter de 30 % la capacité portuaire nationale, tout en réduisant les délais d’attente des navires et les coûts de manutention.
Pour le Cameroun, cet investissement de 773 milliards FCFA symbolise bien plus qu’une infrastructure : c’est une déclaration d’ambition économique, celle d’un pays qui veut transformer ses ports en véritables catalyseurs de développement.
Patrick Tchounjo



