Cameroun : Alucam face à ses défis structurels après une chute de 40 % de sa production

Le secteur industriel camerounais subit un nouveau revers. Selon la note de conjoncture économique publiée par le ministère des Finances (Minfi), la production d’aluminium d’Alucam a chuté de 40,8 % au premier trimestre 2025. Cette contre-performance s’explique par l’arrêt de plus de la moitié des cuves d’électrolyse de l’usine d’Édéa pour des raisons techniques.
Le rapport précise que « la production des lingots et des plaques d’aluminium recule de 40,8 %, en lien avec l’arrêt de plus de 50 % des cuves d’électrolyse pour défaillance technique ». Malgré ce fort ralentissement, la branche enregistre une progression annuelle de 4,5 %, et la production pourrait croître de 6 % sur l’ensemble de l’année 2025, grâce à la remise en service progressive des équipements et à la modernisation des installations industrielles.
Mais cette baisse de production illustre surtout les difficultés structurelles persistantes de la Compagnie camerounaise d’aluminium (Alucam), principal producteur national. Détenue à 79,68 % par l’État camerounais, l’entreprise compte également parmi ses actionnaires l’Agence française de développement (AFD) à 5,05 %, et la Société nationale d’investissement (SNI) à 14,32 %.
Les résultats financiers 2024 confirment la tendance négative : 23,7 milliards de FCFA de pertes, contre 23,6 milliards un an plus tôt. Le chiffre d’affaires, estimé à 94,4 milliards de FCFA, affiche un recul de 10 % sur un an, en raison de « l’indisponibilité de l’outil de production », selon le rapport annuel. À l’exception d’une légère embellie en 2021 (+447,9 millions de FCFA), Alucam enchaîne les déficits depuis 2019, dans un contexte de coûts énergétiques élevés, de pannes récurrentes et de dépendance aux infrastructures électriques.
Malgré ces difficultés, les autorités camerounaises maintiennent leur objectif de redresser la filière aluminium à travers des investissements ciblés, la sécurisation énergétique grâce au barrage de Nachtigal (420 MW) et la recherche de nouveaux partenariats industriels. Alucam, pilier historique de l’économie nationale, reste un maillon stratégique dans la politique d’industrialisation du pays et un levier potentiel de création de valeur ajoutée si ses défis techniques et financiers sont surmontés.
Patrick Tchounjo



