Huile de palme : la production nationale triple à 77 630 tonnes mais reste insuffisante face à la demande

Une production en nette progression
La filière de l’huile de palme au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine connaît une dynamique de croissance soutenue. En 2025, la production nationale a atteint 77 630 tonnes, contre environ 25 000 tonnes trois ans plus tôt, soit un triplement de la production. Ce bond significatif traduit les effets conjugués de la relance des plantations, de la réhabilitation de vieilles palmeraies et d’une meilleure organisation des acteurs de la filière.
Cette progression témoigne également des efforts publics et privés engagés pour moderniser la chaîne de valeur du palmier à huile, notamment par l’introduction de plants à haut rendement, l’amélioration des infrastructures de transformation et la structuration progressive des coopératives rurales.
Une demande intérieure toujours supérieure à l’offre
Malgré cette croissance remarquable, la production nationale reste loin de couvrir les besoins du marché intérieur, estimés à plus de 150 000 tonnes par an. Le déficit structurel contraint les pays importateurs à recourir massivement aux marchés extérieurs, notamment à l’Asie du Sud-Est, pour combler le manque.
Cette dépendance pèse sur la balance commerciale et expose la région à la volatilité des prix internationaux. Pour les industriels, le coût d’importation de l’huile brute constitue un frein à la compétitivité, tandis que les consommateurs subissent les effets indirects sur les prix des produits alimentaires transformés, tels que le savon, la margarine ou les huiles de table.
Les enjeux d’une souveraineté agro-industrielle
La question de l’autosuffisance en huile de palme dépasse la simple logique de production agricole. Elle s’inscrit dans une perspective plus large de souveraineté agro-industrielle et de création de valeur locale. L’enjeu consiste à transformer la production primaire en produits dérivés sur le territoire national, afin de limiter les importations et de créer des emplois dans les zones rurales.
Les initiatives de plantation à grande échelle, la réhabilitation des huileries et la mise en place de financements agricoles ciblés laissent entrevoir un potentiel de croissance durable. Toutefois, l’accès à la terre, la mécanisation, la maîtrise des itinéraires techniques et la gouvernance du foncier restent des défis majeurs à surmonter pour consolider la filière.
Un marché en mutation et des perspectives prometteuses
Le marché mondial de l’huile de palme reste porteur, tiré par la demande croissante en biocarburants, cosmétiques et produits alimentaires. Pour l’Afrique de l’Ouest, cette dynamique représente à la fois une opportunité et une contrainte. Les États de l’UEMOA, confrontés à la hausse démographique et à l’urbanisation rapide, devront concilier développement productif et durabilité environnementale.
Le triplement de la production nationale est donc un signal encourageant, mais il met aussi en lumière la nécessité d’un changement d’échelle : passer d’une agriculture de subsistance à une véritable industrie du palmier à huile, capable de rivaliser sur les marchés régionaux et internationaux.
L’avenir de la filière dépendra de la capacité des pouvoirs publics à instaurer un cadre incitatif, à favoriser les partenariats entre agriculteurs et industriels, et à promouvoir des pratiques respectueuses de l’environnement.
L’Afrique de l’Ouest dispose d’un potentiel exceptionnel pour devenir un acteur majeur de l’huile de palme durable. Mais pour franchir ce cap, il faudra transformer les gains de production en chaîne de valeur compétitive, capable de réduire la dépendance aux importations et de renforcer la sécurité alimentaire régionale.
Patrick Tchounjo



