Economie

Cacao au Cameroun : les prix aux producteurs stagnent sous la barre des 3 000 FCFA le kilo

Deux mois après le lancement officiel de la campagne cacaoyère, les producteurs camerounais continuent de faire face à des prix d’achat en deçà des attentes. Selon les données du Système d’Information des Filières (SIF), le kilogramme de cacao se négociait récemment entre 2 639 et 2 839 FCFA rendu au port de Douala, tandis que dans les bassins de production, notamment dans le Centre, le Sud et le Sud-Ouest, les producteurs perçoivent entre 2 400 et 2 700 FCFA le kilo.

Cette stagnation des prix, bien en dessous du seuil symbolique des 3 000 FCFA, suscite de vives inquiétudes dans les zones rurales. Les planteurs espéraient une hausse significative cette saison, portée par la demande mondiale et les performances enregistrées dans certains pays voisins. Mais le marché camerounais semble freiné par plusieurs facteurs : la faiblesse du pouvoir de négociation des producteurs, les coûts logistiques élevés, ainsi que la dépendance vis-à-vis des acheteurs intermédiaires.

Sur le plan international, la volatilité des cours du cacao, influencée par les conditions climatiques en Afrique de l’Ouest et la spéculation sur les marchés à terme, ajoute une couche d’incertitude. Au Cameroun, malgré les efforts engagés pour améliorer la transparence du marché à travers des outils numériques comme le SIF, les écarts entre le prix bord champ et le prix port restent importants, réduisant la marge des petits exploitants.

Pour beaucoup d’acteurs de la filière, la solution passe par une meilleure organisation des coopératives, une modernisation des infrastructures de collecte et de stockage, et une valorisation locale du cacao. À l’heure où la transformation locale reste limitée à moins de 15 % de la production nationale, la question du partage équitable de la valeur ajoutée demeure centrale.

Le maintien des prix sous la barre des 3 000 FCFA le kilo illustre les limites du modèle actuel, où le producteur, maillon essentiel de la chaîne, reste le moins rémunéré. Si aucune mesure forte n’est prise pour corriger ces déséquilibres, le risque est grand de voir une partie des cacaoculteurs se détourner d’une culture pourtant stratégique pour l’économie camerounaise.

Patrick Tchounjo

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