Paul Biya se représente : l’inusable stratège ou l’impasse d’un système ?
Analyse du huitième mandat annoncé et des fractures au sein de la majorité présidentielle.
Le 13 juillet 2025, une publication sobre sur les réseaux sociaux a suffi à déclencher un débat national : Paul Biya, 92 ans, a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Depuis 1982, le chef de l’État a consolidé un pouvoir fondé sur l’hyper‑présidentialisme et l’abolition de la limitation des mandats en 2008. Ses partisans voient en lui le garant de la stabilité ; ses détracteurs dénoncent une économie atone et des droits sociaux restreints.
Cette fois, la contestation vient aussi de l’intérieur. Deux anciens alliés, Bello Bouba Maigari et Issa Tchiroma Bakary, tous deux issus du Nord, se lancent dans la course. Leur défiance pourrait fragiliser la coalition au pouvoir, car la région septentrionale rassemble plus de huit millions d’électeurs. D’autres opposants, dont Cabral Libii et Akere Muna, espèrent surfer sur cette fragmentation. Les tensions sont accentuées par les crises sécuritaires : le conflit anglophone à l’ouest et la menace jihadiste à l’extrême‑nord.
Dans ce contexte, la candidature de Biya interroge : peut‑on gouverner un pays de plus de 28 millions d’habitants à 92 ans ? Faut‑il craindre un vide institutionnel ou une transition mal préparée ? Nombre d’analystes appellent à un renouvellement générationnel et à la mise en œuvre des réformes (décentralisation, gouvernance économique, justice sociale) reportées depuis des décennies. Le scrutin de 2025 sera-t-il un vote pour la continuité ou l’émergence d’une nouvelle ère ? Pour l’électeur, l’enjeu est de trancher entre l’expérience du vétéran et l’audace des challengers.
Jude Besong

