Marchés internationaux : le Cameroun revient sur le devant de la scène avec un eurobond de 750 millions USD

Yaoundé a signé son retour sur les marchés internationaux de la dette avec une opération qui n’est pas passée inaperçue : un eurobond de 750 millions de dollars, maturité cinq ans, affichant un rendement de 10,125%. Une quatrième sortie internationale depuis 2015, dans un climat où les investisseurs recommencent à regarder l’Afrique… mais en faisant payer très cher le risque.
Une émission “silencieuse”… mais calibrée au millimètre
L’opération s’est structurée avec une forme de discrétion stratégique, rapportée par Bloomberg via des sources proches du dossier.
Sur les radars des marchés, l’obligation a été enregistrée avec un coupon de 8,875%, mais placée à un prix inférieur au pair, ce qui explique le rendement final de 10,125%.
Détail clé : le Cameroun a prévu un swap de devises USD/EUR pour réduire l’exposition au risque de change et mieux lisser le coût réel de la dette. Selon EcoMatin, le ministère des Finances indique que ce mécanisme ramènerait le coût effectif à 7,79%.
10,125% : le prix d’un retour… dans la zone “risque”
Ce taux raconte une vérité simple : le marché rouvre la porte, mais il facture. Le Cameroun sort dans un univers où l’appétit revient pour les signatures africaines, tout en maintenant une forte prime de risque sur les émetteurs jugés fragiles.
À titre de comparaison immédiate, le Bénin a placé 500 millions USD sur sept ans autour de 6,2%, preuve que la perception du risque reste très différenciante selon les pays.
À quoi servira l’argent : arriérés, “restes à payer” et budget 2026
L’enjeu n’est pas seulement de lever. C’est d’absorber une pression interne devenue politiquement et économiquement sensible : les arriérés et les dépenses budgétaires à couvrir. Un décret présidentiel, le n°2026/013 du 21 janvier 2026, autorise le recours à des emprunts intérieurs et extérieurs pour financer des projets de développement et apurer des paiements en souffrance, dans une enveloppe maximale annoncée à 1 650 milliards FCFA.
Dans ce contexte, cette levée de 750 millions USD apparaît comme un levier rapide pour reprendre de l’air, restaurer la confiance des créanciers domestiques et sécuriser une partie des besoins 2026.
Quatrième sortie depuis 2015 : une mémoire de marché qui compte
Le Cameroun n’est plus un novice des marchés. En 2015, Yaoundé signait une première grande sortie avec 750 millions USD sur une maturité longue, avant de revenir en 2021 avec une émission en euros de 685 millions, marquée par une sursouscription autour de 300%.
Cette expérience accumulée pèse : elle donne au pays une “mémoire de marché”, des banques arrangeuses, des habitudes de roadshow et une capacité à structurer des couvertures comme le swap.
La fenêtre africaine se rouvre : le signal que Yaoundé voulait capter
Le timing n’est pas innocent. Le regain d’intérêt pour la dette africaine recommence à se matérialiser, et le Cameroun s’inscrit dans cette dynamique, juste après le Bénin.
Même la RDC est citée comme candidate à une sortie en devises, signe que le continent tente de revenir sur le terrain des eurobonds après une période plus tendue.
Le vrai test : transformer 750 millions USD en crédibilité durable
Le défi camerounais commence maintenant : prouver que ces ressources servent à réduire les tensions de trésorerie, à assainir les arriérés, et à stabiliser la trajectoire budgétaire. Car sur les marchés, une règle domine : le prochain taux dépend surtout de la discipline visible après l’opération.
Sur ce terrain, Yaoundé peut se prévaloir d’un signal récent : S&P a relevé la note souveraine à B- en évoquant une amélioration de la gestion budgétaire après une période plus difficile.
Mais tant que les fondamentaux (arriérés, liquidité, dette) restent sous surveillance, le Cameroun devra accepter une réalité : l’accès est possible, mais le coût restera élevé… jusqu’à preuve du contraire.
Patrick Tchounjo



